Design & Architecture

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Actés, les +5°

A l’aune des nouvelles prises de conscience et sensibilités écologiques, il convient de se confronter à un grand changement historique qui acte les limites des ressources naturelles.

Le fonctionnement d’une société fondée sur la seule idée de croissance et d'accumulation des richesses s’effondre face aux limites de la terre. C’est le résultat d’une époque qui n’a pas imaginé les conséquences de ce qui l'occupe aujourd’hui, un “bien-être” par la consommation. Il faut repenser une méthode de travail soutenable, une bifurcation de la rentabilité, replacer l’homme au centre du projet. Une nouvelle qualité de vie doit générer une relation plus douce et fructueuse entre milieu et artefact, actuellement abîmée par la dispersion ou la redondance d’innovations techniques et expressives en nombre, issues du post-modernisme. A l’aune des nouvelles prises de conscience et sensibilités écologiques, il convient de se confronter à un grand changement historique qui acte les limites des ressources naturelles. Au début du siècle, le mouvement moderne avait relevé le défi de la production industrielle au nom d'une "démocratie de consommation", en développant une esthétique de l'objet sériel et son minimum rationalisé selon les fonctions prédéfinies.  

Il s'agit d'accepter le défi écologique en articulant le projet au milieu technique, culturel et naturel. La forme doit suivre le milieu et pas la fonction. Nos actes quotidiens et notre domesticité constituent à la fois le socle de notre patrimoine et le levier de ces changements.

Cadrage, Outil de densification positive

Aujourd'hui, densifier inclut de nouvelles organisations, différents rapports au voisinage, des espaces intérieurs augmentés de terrasses plus ou moins imbriquées suivant les programmes pour multiplier les possibilités.

Le mot cadre, du latin quadrus (carré), est le terme employé en peinture comme en architecture pour désigner un objet constitué d’éléments pouvant être réalisés à partir de différents matériaux assemblés (bois, pierre, marbre, etc.) et qui forment une bordure entourant un tableau, une porte ou une fenêtre. Le cadre en architecture a comme objectif de fixer des éléments de transition entre l’intérieur et l’extérieur. Cette transition se rapproche de la définition du cadre en peinture, en délimitant et en matérialisant l'espace. En marquant la limite, le cadre convertit le vide en chose. Historiquement, les fenêtres affirment un statut social par l’ornementation qui l'entoure, par la grandeur de son vitrage. Le cadre, comme jeu photographique sur le paysage, a été  développé par Le Corbusier mais a pris une forme différente dans le cadre du péri-urbain : le logement pavillonnaire ne cherche pas de lien avec le jardin de son voisin, mais plutôt  à créer de l’intimité. 

Aujourd'hui, densifier inclut de nouvelles organisations, différents rapports au voisinage, des espaces intérieurs augmentés de terrasses plus ou moins imbriquées suivant les programmes pour multiplier les possibilités : voir une vidéo projetée, faire du sport sur sa terrasse, etc. Paysages, jardins, terrasses, balcons, activités diverses, logements transgenres restructurent le lien entre intérieur et extérieur, à la façade, aux cadrages augmentés, qui développent un rapport actif entre eux. Ainsi, les idées de frange, à l’égard du centre ville, d’abord associées au faubourg, puis au périurbain, pourraient, grâce aux enjeux du cadrage, soutenir l’idée de densification positive. Il s’agit d’organiser une vie sur des lieux en bordure, à la lisière de la ville visible ou d’une vie visible qui se construit par l’imaginaire, de ne pas s’y sentir en “ frontière” mais bien sur un lieu où proximité du visible côtoie le cocon d’une vie familiale sur un jardin intérieur, une ouverture. C’est une façon de se rapporter à une construction d’un existant qui s’essaie à une densification à l’échelle de la cellule familiale, à l’échelle de la mesure des femmes, des hommes et des enfants qui occupent l’espace.

Creative Commons, libérer les gestes et l’ornementation

Du droit de consommer aux droits d’expérimenter, d’apprendre, de transformer, réparer, partager les techniques dans les tiers-lieux, de mixer les modes de production. 

Du droit de consommer aux droits d’expérimenter, d’apprendre, de transformer, réparer, partager les techniques dans les tiers-lieux, de mixer les modes de production. 

En s’appuyant sur des lieux de fabrication numérique collaboratifs ouvrant de possibles expérimentations et les moyens de concrétiser des projets difficiles, voire impossibles à réaliser hors de leurs murs, les hypers - Hyper industrialisation, Hyper objet, Hyper systèmes, que sont le réseau Internet, les capteurs, les infrastructures mondiales - doivent servir de lien au développement de milieux précis en utilisant les ordinateurs domestiques, les téléphones mobiles, les codes-barre, les réseaux de circulation, les moyens de transport pour favoriser des modes de fabrication, des rapports humains réels. La notion de mise en commun d'outils technologiques n'est peut-être pas si éloignée des idéaux de réappropriation par tout un chacun des moyens de production, qui ne sont pas nouveaux, mais permettent vraisemblablement de passer à une phase effective pour mettre en place des moyens d’économie sociale et solidaire et essayer d’échapper à la financiarisation de nos structures économiques. 

La question politique est donc de trouver une séparation légitime entre connaissances générales libres et gratuites et inventions protégées et payantes. L’histoire économique montre que la frontière entre invention et connaissance n’est pas naturelle ; à nous à l’inventer avec ces nouvelles licences. 

Dé-projet

Ne pas toujours démolir, détruire et refaire, mais savoir analyser pour conserver, adapter, réduire, optimiser les volumes, en utilisant la matière déjà sur place, en développant les savoirs-faire local et en soutenant l’emploi de proximité, c’est aussi pérenniser les investissements publics et s’ancrer dans une réelle démarche écologique.

" Construire signifie accumuler chose sur chose, marquer pour le meilleur ou pour le pire toujours plus la surface du globe : à force d’ajouter, d’augmenter, d’entasser, on en arrive, depuis déjà un moment, à ne plus construire une maison dans un pré ou à côté d’une autre maison : mais sur, sous, dedans, à la place de celle-ci. Destin inéluctable de la croûte terrestre, qui, petit à petit, se remplit : centrales électriques, pylônes, fils, aéroports, métros, réseaux routiers, ferroviaires, implantations industrielles, digues, mines, usines, raffineries, ensembles de bâtiments, circuits de service et d’information forment le mécanisme redondant nécessaire à la vie. La nouvelle nature de la planète, ce sont les millions de projets, c’est l’anti-nature. [...] Il faut introduire la notion négative de dé-projet. Le dé-projet c’est le projet conçu à l’envers : au lieu d’augmenter la quantité d’informations et de matières, le dé-projet l’enlève, la réduit, la minimise, la simplifie, il rationalise les mécanismes enrayés. Le dé-projet est une création décongestionnante, qui n’a pas comme objectif la forme architecturale."   
Alessandro Mendini, in Écrits d’Alessandro Mendini, op.cit., p.127-128.

Ne pas toujours démolir, détruire et refaire, mais savoir analyser pour conserver, adapter, réduire, optimiser les volumes, en utilisant la matière déjà sur place, en développant les savoirs-faire local et en soutenant l’emploi de proximité, c’est aussi pérenniser  les investissements publics et s’ancrer dans une réelle démarche écologique. C’est une démarche qui s’arrange de l’existant, qui s'approprie le lieu en faisant à partir de lui. C’est affirmer les volumes, tenir compte du contexte passé et imaginer le futur, pour que l’ensemble puisse évoluer. Augmenter la lisibilité des informations à destination des usagers, passe par leur accessibilité aux éléments qui peuvent être modifiés, transformés dans le temps.

Imaginer, Dessiner, Informer, BIM

Les bibliothèques utilisées pour le BIM (Building information modeling) sont le point d’entrée du dé-projet. C’est aussi le point exact où se rencontrent architecture et design.

Les bibliothèques utilisées pour le BIM (Building information modeling) sont le point d’entrée du dé-projet. C’est aussi le point exact où se rencontrent architecture et design. Les concepts associés peuvent être déployés par la question de l’urbanité, mais aussi par celle des gestes du quotidien, notamment le geste ordinaire inscrit dans des hyper-outils comme le BIM, la réalité augmentée, les processus divers de production en lien avec les artefacts et leurs écrins. La numérisation sert d’outil de conception et de visualisation de l’espace en devenir. Il convient dès lors de partager ces informations, de donner accès aux usagers aux clefs nécessaires aux futures transformations, à leur réparation et à leur maintenance, en mettant en relation les informations numériques avec les chaînes de production locales afin d'œuvrer au développement de l’emploi local.

Le travail mis en place à l’agence réside d’abord dans une réduction de deux familles (espace de travail et logement) de typologies existantes pour créer des bâti transgenre, puis dans une lisiblité des structures ; enfin dans l’ouverture du dessin et des informations à destination des futurs usagers. Le réemploi, les modifications peuvent ainsi se déplier dans l’association de parties de bâtiments à condition de connaître le calcul exact de points structurants l’espace. Connaître et donner à connaître pour pouvoir interagir sur une économie à sa propre échelle, c'est accepter de ne pas faire de formes figées. BIM joue le jeu de la transmission d’information de la matière et des moyens de mise en œuvre, permettant d'archiver ces données pour le client. Ici réside le standard ouvert. 

La qualité et l’éthique

Des artefacts paramétrables et modulables sont le fruit d’un travail entre artisanat local et production numérique ; les usagers ont toujours la possibilité de modifier, de transformer et de réparer le cas échéant cette gamme d'éléments, issu du travail d'Ultra Ordinaire.

Des artefacts paramétrables et modulables sont le fruit d’un travail entre artisanat local et production numérique ; les usagers ont toujours la possibilité de modifier, de transformer et de réparer le cas échéant cette gamme d'éléments issu du travail d'Ultra Ordinaire. Ils font partie de la bibliothèque BIM que nous développons pour augmenter les usages et esthétiques de projets, tout en soutenant résolument l’activité territoriale. Nous confirmons qu’il faut penser notre travail en imaginant de nouvelles définitions de la qualité et non de la quantité. La conception doit dialoguer tout au long de son processus avec les ressources et les qualités du milieu naturel avec les labels. 

La mise en crise de la qualité passe par une  complète remise en question de l’image que percevaient les usagers de l’action et du lien avec une pensée de solidarité inscrite dans le contrat social autour de l’emploi, appréhendant leur consommation comme un lien entre plusieurs éléments. Cette chaîne de production fragmentaire, disloquée, détériorée par des scandales sanitaires et des labellisations à outrance, des divergences d’intérêts, a conduit à une situation de profonde tension. 

Relocaliser signifie créer des liens localement et organiser des chaînes de production lisibles et équitables entre tous, une éthique. C'est une qualité qui, loin de se cantonner aux modes de perception visuelle, engage  toute la dynamique des relations corporelles et sensorielles que le sujet entretient avec le monde. La notion de forme est alors remplacée par la notion beaucoup plus large et complexe d'interface libre et augmentée, pour communiquer des informations sur des lieux et des activités (signes dans l’espace). Cette interface ne peut plus se réduire à des définitions univoques et universelles, mais est profondément médiée par les caractéristiques de la sensibilité individuelle et collective, par les oscillations et négociations entre subjection du goût et perception culturelle collective. Il existe deux types de qualités : les qualités primaires, telles que la taille, la masse, le poids spécifique d'un corps, que l'on peut désigner objectives, donc définissables et mesurables, et les qualités subjectives, telles que la couleur, le goût, l'odeur, qui sont variables selon les perceptions et ne peuvent faire l'objet de mesure. C’est le rôle des bases de données permettant de remixer et de transformer les data, sous licence Creative Commons.

Le bureau est mort, le logement est malade, vive le Bâtiment Transgenre

La principale qualité que devrait avoir une ville hospitalière réside dans le caractère faible, incomplet et non envahissant des projets d’espaces, par exemple avec des systèmes partiels, lesquels se positionneraient en éléments techniques dans un milieu donné, pouvant être réparés, modifiés, incluant dès leur dessin la maintenance et la transformation, dans la perspective de se doter d’un bâtiment à usage multiple. 

Le télétravail et la génération Y se développent, l’emploi se transforme, le logement est en crise, dissocié de son cadre de vie collectif : autrement dit, le bureau est mort. L'évolution de la ville bute face à l'impossibilité de résoudre la complexité dans un modèle unitaire hérité de l’époque moderne, notamment de créer des liens entre les lieux fragmentés que sont les zones pavillonnaires et les quartiers historiques, les zones de travail. La principale qualité que devrait avoir une ville hospitalière réside dans le caractère faible, incomplet et non envahissant des projets d’espaces, par exemple avec des systèmes partiels, lesquels se positionneraient en éléments techniques dans un milieu donné, pouvant être réparés, modifiés, incluant dès leur dessin la maintenance et la transformation, dans la perspective de se doter d’un bâtiment à usage multiple. 

L'objectif est d'identifier des modèles de manière de faire, des hybridations des typologies, des logiques urbaines, qui permettent de gérer l’évolution de l’espace, de s’appuyer sur les énergies et les  cultures des résidents et usagers, et sur le potentiel des territoires. Imaginer des bâtiments transgenre signifie reconfigurer l’ensemble à partir de systèmes spaciaux ouverts à l’imprévu : il s’agit d’oeuvrer à l’assemblage de deux familles, celle de logement et celle du bureau, dans une topologie faible, donc appropriable et transformable. L’identification des espaces relationnels correspondant aux modes d'utilisation des structures construites dans la société historique, moderne et postmoderne, celle qui a entraîné la chute d'identité des lieux et les transforme certaines fois en des paysages de désolation, est essentielle, car la vie peut y prendre forme, si tant est que la dynamique y soit accompagnée, au sein d’un espace qui puise sa qualité et son identité dans des microsystèmes, des relations, des signes qui font corps avec la culture locale partagée. 

Milieu naturel, matériaux locaux

L'honnêteté de la matière doit aller en amont de la question des déchets par le biais d’une valorisation des matériaux naturels et des savoir-faire locaux culturellement identifiables. Il s’agit d’ouvrir des perspectives donnant des valeurs matérielles nouvelles et culturellement reconnaissables, et de construire des projets frugaux, répondant aux désirs et attentes de la société civile.

Aujourd'hui, les matériaux recouvrent une dimension évanescente ; ils ont souvent des caractéristiques insaisissables, brisant les synesthésies avec lesquelles les sujets étaient habitués à juger les produits de la nature, ils ont produit un environnement. Les faux bois, les cristaux liquides, les films très résistants ne sont plus lisibles sans ambiguïté, leurs distinctions sont tombées en dessous de notre seuil de reconnaissance  phénoménologique, ils dépendent de leur structure physique et atomique, que seul un chimiste ou un expérimentateur peut reconnaître à l’aide de tests. Nous n'avons plus d'interprétations universelles pour le monde des matériaux. Ils ont perdu cet ensemble de propriétés stables qui nous permettaient autrefois non seulement de les distinguer et de les utiliser correctement, mais aussi de les intérioriser et de les assumer comme une valeur culturelle. La matière a d’ailleurs tant perdu son identité que la question de l’usage des déchets est devenue un élément central ainsi que la question du réemploi. Si une planche de bois massif détient une matérialité et un usage technique permettant éventuellement à l'utilisateur son réemploi, un bois liquide injecté ne dispose pas de cette opportunité. L'honnêteté de la matière doit aller en amont de la question des déchets par le biais  d’une valorisation des matériaux naturels et des savoir-faire locaux culturellement identifiables. Il s’agit d’ouvrir des perspectives donnant des valeurs matérielles nouvelles et culturellement reconnaissables, et de construire des projets frugaux, répondant aux désirs et attentes de la société civile. La première étape de l’usage d’un matériau part de la recherche d'un territoire expressif et d'un imaginaire dans lequel il peut être placé. L'étape suivante est la définition d’un territoire que le matériau peut occuper sur le plan fonctionnel, préfigurant les différentes formes d'application pouvant permettre de comprendre immédiatement et culturellement son évolution et sa pérennité ou son réemploi, souvent un “déjà vu” formel. 

Paysage, jardin, Façade Tempérée

Le paysage fait partie intégrante du travail de conception : il joue un rôle essentiel dans le développement et le positionnement du bâti, que cela soit par le jeu du cadrage à travers les ouvertures vers l’intérieur ou par le lien avec l'environnement thermique.

Le paysage fait partie intégrante du travail de conception : il joue un rôle essentiel dans le développement et le positionnement du bâti, que cela soit par le jeu du cadrage à travers les ouvertures vers l’intérieur ou par le lien avec l'environnement thermique. Le jardin convoque l’imaginaire d’une nature circonscrite par des murs ou une clôture, développant l’idée de micro espace qui, dès ses origines, ferait côtoyer végétation et archi­tecture la structurant, tandis  qu’une véritable complicité peut s’établir entre les deux.

Pour des raisons climatiques, les bâtiments se doivent d'étoffer leurs relations  avec des espaces végétalisés, à la faveur d’une meilleure circulation de l'air, d’une zone de tampon de fraîcheur entre des voiries et du développement de la biodiversité. La façade propose ce changement en passant par une végétalisation et un brise soleil. Semi-ombragée, la façade offre ainsi la possibilité de conserver de la fraîcheur tout en gardant un ensoleillement. Poser, implanter, intégrer, laisser libres le paysage et la biodiversité, la façade joue d’un lien dedans-dehors pour travailler simultanément avec un tissu économique, un tissu social et un tissu sociétal. Intégrée - autrement que par la norme et la réglementation -, la notion de “tempéré” affiche son action à l’égard des enjeux de la biodiversité et des représentations sociales vis-à-vis de la ville.

Signe, Espace

L’orientation donne la possibilité à l’être humain de savoir où il se trouve et lui donne un sentiment de sécurité, l’orientation s’appuie sur l’identification spécifique du lieu pour qu’il existe. C’est ainsi que le lieu offre une perception unique, une connaissance spécifiée et une identification propre à travers une relation individu-lieu, créant immédiatement un sentiment familier.

Si les notions autour des théories du Genius Loci ont si vite évolué en fonction des activités, c’est parce que le projet consiste à imaginer des espaces structurés sur des principes faibles. L’esprit du lieu se fait le fondement de la phénoménologie de l’architecture, qui étudie la relation entre les individus et l’environnement, structure les expériences, avec des activités spécifiques et significatives. Deux fonctions psychologiques sont fondamentales en ce sens  : l’orientation et l’identification. L’orientation donne la possibilité à l’être humain de savoir où il se trouve et lui donne un sentiment de sécurité, l’orientation s’appuie sur l’identification spécifique du lieu pour qu’il existe. C’est ainsi que  le lieu offre une perception unique, une connaissance spécifiée et une identification propre à travers une relation individu-lieu, créant immédiatement un sentiment familier, rappelant des souvenirs,par exemple. En ce point de jonction, lieux et individus ne font qu’un. Le programme Genius Loci autorise le passage d’un endroit abstrait à un ensemble d’éléments qui caractérise un lieu, provoquant une centralité entre les différents éléments abstraits (programme architectural), qui jouent le rôle d’espace existentiel, à partir duquel les individus étendent le leur, leurs directions ou parcours, chaque lieu ayant ses propres orientations, et l’ensemble des éléments facilitant l’identification existentielle des individus.

Ville 15min

Développer une ville à 15 minutes à pied revient à contribuer à faire des centres historiques des lieux hybrides, hors des logiques de gentrification, à ce que les espaces pavillonnaires développent des démarches spatiales d’échanges et de partage, en favorisant les circuits courts d'approvisionnement.

Crise de la mobilité, développement du télétravail et de l’auto-entreprenariat : les questionnements sur la privation de l’espace public conduisent à une demande croissante de reconfigurations. L’environnement se construit sur des métastases ; ainsi retrouvons-nous peu ou prou partout les mêmes approches pour répondre entre autres à la loi Pasqua de 1998, laquelle doit permettre à tout citoyen de se trouver à moins de quarante-cinq minutes d’une entrée ou d’une sortie d’autoroute, engendrant des itinéraires de contournement des villes, des enfilades de ronds-points, des recouvrements d’échangeurs, bretelles et rocades diverses. 

Repenser un ensemble en sortant des cadres idéologiques déjà éprouvés s’avère nécessaire.  L'urbanisme, par  "zonage" et, plus généralement, tous les instruments avec lesquels la culture architecturale a traité l'intervention urbaine s’appuyaient jusqu’alors sur l'hypothèse de la création de vastes zones homogènes, rationalisant l’urbanisme. Récemment encore, des signes de tensions entre nouveaux quartiers péri-urbains, centre historique et les rajouts de l'urbanisme moderne mettent en crise les connotations "froides" des zones planifiées, l’isolation des zones pavillonnaires, ou encore la gentrification du centre ville historique. La ville historique joue le rôle de spectacle-luxe-boutique bobo, un temple de la consommation où se montrer. Les tentatives de construction de ville moderne deviennent des zones de tension et de ghettoïsation. Les zones pavillonnaire s’étendent pour donner le rêve de l’entre-soi. Selon une vision américaine « no parking, no business », les hypermarchés s’installent avec leurs tapis de voiture, tandis qu’Amazon, sous couvert d’éviter la foule des hypermarchés et leurs immenses parkings, favorise l’entre soi au détriment de son empreinte carbone et de son plan de mitigation. La crise de la mobilité, étincelle du mouvement de contestation des gilets jaunes, commence ici : la possibilité financière d’acquérir une maison péri-urbaine ne prend pas en compte le coût élévé des déplacments pour le travail, les activités para-scolaires, etc. Par ailleurs, la transformation de l'emploi se confronte au learning machine et certains métiers se retrouvent menacés par l’arrivée accrue du numérique dans l'organisation des entreprises. 

L’ensemble provoque un sentiment d'enfermement entre quatre murs et un jardin ou de dépassement dans certaines situations anxiogènes. 

La ville à 15 min à pied s’appuie sur cette reconfiguration de l'espace pour encourager les formes directes et piétonnes d’approvisionnements en faveur de la biodiversité. Cette impulsion d’un travail commun autour de l’habitat recouvre un enjeu de taille, à l’heure de la réduction des activités économiques, en développant des activités économiques nouvelles et complémentaires.