Dans le cadre de l’appel à idées d’Habitat Toulouse, bailleur social toulousain, sur le logement du 3ème millénaire au service du développement durable, l’agence a répondu par une réflexion sur le logement à l’ère de l’hyper-industrie.
Le système structurel mis en place est basé sur une composition simple de poteaux organisés sur une trame permettant une flexibilité des surfaces suivant les besoins. Un panneautage composite suit la structure et modèle le volume.
Ce panneautage intègre l’ensemble des éléments composant un mur extérieur. L’ensemble des façades repose sur des caissons de grandes dimensions, incorporant l’ensemble des réseaux secs fabriqués en atelier. Deux colonnes verticales reprennent les évacuations et les ventilations des pièces d’eau. Ce principe permet d’avoir un maillage pouvant organiser, sur une même base structurelle, une multitude de combinaisons, allant du T2 au T5, sans modification structurelle.

Décomposition du système de construction © Duffau&Associés

De l’aspiration sociale à l’habiter effectif des ménages

Aujourd’hui, l’évolution du marché du logement traduit une montée des inégalités : inégalités face aux possibilités de choisir son logement et sa localisation, inégalités dans l’accès même au logement.

Des processus de ségrégation fragmentent les marchés urbains métropolitains, des logiques d’éviction se développent. Les contraintes se durcissent pour les plus pauvres qui sont assignés aux franges les plus dévalorisées du parc immobilier. Elles se durcissent également pour les catégories inférieures des classes moyennes, ouvriers et employés, qui du fait du renchérissement du prix des loyers ou du foncier, ne parviennent plus à améliorer leurs conditions de logement.
Ces évolutions participent à la transformation de la ville ; elles aboutissent à un système urbain à « trois vitesses » où inter-agissent trois processus :
– la gentrification, par la reconquête d’anciens quartiers populaires par les nouvelles élites urbaines ;
– la périurbanisation qui dispose dans les périphéries urbaines les différentes fractions des classes moyennes ;
– la relégation qui « stocke » dans les espaces déqualifiés les « perdants » de la mondialisation, pauvres et/ou immigrés.

Ces dynamiques contribuent également à la dilution des frontières ou des limites communales, recomposant des « villes-territoires ».
Les périphéries deviennent des espaces urbains de plein statut qui cherchent à s’organiser et qui ne sont plus sous la dépendance d’une ville-centre. Ces reconfigurations remettent en cause le modèle urbain mono-centré (centre/périphérie) au profit d’un espace urbain poly-centré. Elles obligent ainsi à repenser les modes de gouvernement urbain. Mais cette « ville-territoire » est également fragmentée et socialement polarisée : les trajectoires individuelles s’entrecroisent en interrogeant les conditions de la « cohabitation ».

Marie-Christine Jaillet (Sociologue, Directrice de recherche du CNRS, Institut de la Ville)